Psychologie adulte & développement //
Des exercices simples aident à augmenter le bonheur et diminuer la dépression
6 mars 2014
En psychologie scientifique, on croyait jusqu'à récemment, explique Martin Seligman, figure importante du courant de la psychologie positive, que les exercices et approches pour améliorer le niveau de bonheur de façon durable étaient inefficaces.
On croyait en un niveau de bonheur prédéterminé par les gènes et l'éducation qui pouvait varier légèrement mais avait toujours tendance à revenir au niveau déterminé.
Cette dernière vision expliquerait pourquoi les gagnants à la loterie reviennent éventuellement à leur disposition antérieure par rapport à l'argent par exemple et que les gens devenant paraplégiques reviennent aussi éventuellement à peu près au même niveau de bonheur qu'ils avaient avant leur accident.
Les exercices suggérés pour augmenter le bonheur de façon durable abondent toutefois. Seligman et ses collègues en ont recensé plus d'une centaine.
Ils ont testé rigoureusement plusieurs de ces exercices auprès d'étudiants et de psychothérapeutes les utilisant auprès de leurs clients afin de vérifier si certains d'entre eux augmentaient vraiment le bonheur. Étant donnés les témoignages encourageants de soulagement durable de la dépression et de bien-être amélioré, les chercheurs ont entrepris une étape de vérification selon les normes scientifiques.
Pour ce, les participants sont assignés au hasard à un groupe mettant en pratique des exercices ou à un groupe contrôle recevant un traitement placebo afin de comparer les résultats. Environ 500 personnes ont participé à une expérience qui consistait simplement, après une batterie de tests, en une semaine d'exercices supervisés à partir du web (aucune intervention humaine).
Les gens étaient retestés répétitivement concernant leur bien-être durant les six mois suivants.
Trois exercices étaient testés:
- écrire trois choses qui ont bien été dans la journée et pourquoi, remarquer sa propre contribution à ce qui a bien été
- écrire un témoignage de gratitude et le remettre personnellement
- utiliser ses plus grandes forces personnelles de façon nouvelle afin de passer des moments agréables (un test permettait aux participants d'identifier leurs forces personnelles)
Les recherches se poursuivent pour tester d'autres exercices. Une recherche a vérifié l'effet du premier exercice (identifier trois choses ayant bien été dans la journée) auprès de personnes sévèrement déprimées.
Après 15 jours seulement, 92% se disaient plus heureuses, avec une moyenne de diminution de 50% des symptômes de dépression. Ce qui se compare avantageusement, précise le chercheur, avec la psychothérapie et les antidépresseurs.
D'autres expériences, comparant l'effet des antidépresseurs, de la psychothérapie et de la psychologie positive comme traitement de la dépression confirmeraient les avantages de cette dernière approche. Dans l'ensemble, résume le chercheur, il y a de bonnes évidences que plusieurs exercices augmentent le bonheur et diminuent la dépression.
La théorie selon laquelle chacun a un niveau de bonheur déterminé s'avère fausse, estime-t-il. Concernant l'impact des exercices sur les personnes en dépression, la psychothérapie est traditionnellement, commente le chercheur, un endroit pour parler de ses difficultés.
Le stress à une certaine période du cycle menstruel affecte davantage la santé mentale
6 mars 2014
À un stade particulier du cycle menstruel, les femmes peuvent être plus vulnérables à certains effets psychologiques du stress, selon une étude britannique publiée dans la revue Neurobiology of Learning and Memory. Sunjeev Kamboj de l'Université College London et ses collègues ont mené cette étude avec 41 femmes âgées entre 18 et 35 ans ayant des cycles menstruels réguliers et n'utilisant pas la pilule contraceptive.
Elles regardaient un film stressant de 14 minutes dans lequel survenaient mort et blessures et elles fournissaient un échantillon de salive à partir duquel était mesuré les niveaux d'hormones. Elles étaient ensuite invitées à noter les survenues de pensées indésirables sur la vidéo au cours des jours suivants. Les femmes qui étaient au début de la phase lutéale (environ 16 à 20 jours après le début des règles, soit dans les jours suivant l'ovulation) avaient trois fois plus de pensées intrusives que celles qui ont regardé la vidéo durant d'autres phases du cycle.
"Ce qui indique qu'il y a effectivement une fenêtre assez étroite dans le cycle menstruel où les femmes peuvent être particulièrement vulnérables à éprouver des symptômes de détresse après un événement stressant", souligne la chercheuse. Les femmes qui subissent des traumatismes dans cette période peuvent être à plus grand risque de développer des symptômes récurrents similaires à ceux présents dans la dépression et le stress post-traumatique, souligne la chercheuse.
De prochaines études devraient vérifier si cette hypothèse est confirmée avec des femmes ayant subi des traumatismes et si la pilule contraceptive affecte ce processus.
Les moins performants dans un domaine ont tendance à surestimer leurs compétences
5 mars 2014
Les personnes les moins performantes dans un domaine surestiment leurs compétences alors que les plus performantes ont tendance à sous-estimer leurs compétences. C'est ce qui a été appelé l'effet Dunning-Kruger, du nom des auteurs de l'étude suivante, publiés dans Journal of Personality and Social Psychology. Les psychologues Justin Kruger et David Dunning soutiennent que l'incompétence amène non seulement une faible performance mais aussi l'incapacité de s'en apercevoir. Cette perception erronée est liée à un manque de connaissances, dites métacognitives, qui permettent d'identifier les erreurs.
À travers 4 expériences, les auteurs ont constaté que les participants qui faisaient partie du quart ayant le moins bien performer dans des tests d'humour, de pensée logique et de grammaire sur-estimaient grandement leurs capacités. Alors que leurs résultats les situaient au 12e percentile (en moyenne), ils estimaient se situer au 62e (donc au-dessus de la moyenne). Les personnes les plus compétentes avaient, quant à elles, tendance à sous-estimer un peu leur rang dans le groupe.
Dans l'une de ces expériences, améliorer les capacités des participants, et du même coup leurs capacités de distinguer les bonnes et mauvaises performances, les aidait à mieux reconnaître les limitations de leurs habiletés. Une question soulevée est celle-ci: comment les personnes incompétentes dans un domaine ne réussissent-elles pas, à travers les expériences de la vie, à apprendre qu'elles ne sont pas habiles? Une première raison, expliquent les auteurs, est que les gens reçoivent rarement du feedback négatif au sujet de leurs habiletés et capacités dans la vie de tous les jours, comme plusieurs études l'ont démontré. Même les jeunes enfants, illustrent-ils, savent que "si vous n'avez rien de gentil à dire, ne dites rien du tout".
Une deuxième raison est que dans certaines tâches et situations, il n'y a pas de feedback permettant de se corriger et révélant la nature peu optimale des décisions. Une troisième raison est que, même si les gens reçoivent du feedback négatif, ils doivent arriver à une compréhension précise de la raison de l'échec. Il est plus difficile de comprendre les raisons d'un échec que celles d'un succès. Pour qu'un succès se produise, plusieurs composantes doivent bien fonctionner: la personne doit être habile, faire l'effort et peut-être être un peu chanceuse. Pour qu'un échec se produise, le manque de n'importe laquelle de ses composantes est suffisant. Pour cette raison, même si les gens reçoivent du feedback indiquant leur manque d'habileté, ils peuvent expliquer ce feedback par d'autres facteurs comme plusieurs études l'ont démontré.
Dormir plus le week-end ne suffit pas pour récupérer ses capacités : 5 questions à Arnaud Rabat, chef de projet dans l'unité "fatigue et vigilance", Institut de recherche biomédicale des armées
18 février 2014
Sciences et Avenir a rencontré Arnaud Rabat, chercheur à Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA).
Sciences et Avenir : Quelle est la différence entre manquer de sommeil de façon chronique et passer une nuit blanche ?
Arnaud Rabat : Aucune! Une réduction chronique, même modérée, du temps de sommeil peut avoir des conséquences comportementales importantes. Nous avons mené une étude sur 12 hommes de 20 à 37 ans qui n'ont dormi que quatre heures par nuit durant sept jours, puis ont été soumis à des tests cognitifs. Au 7e jour, ils avaient le même niveau de défaillance attentionnelle qu'après une nuit sans dormir! Si l'on ne dort que six heures par nuit, cet état est atteint au bout de deux semaines.
Sciences et Avenir : Toutes les fonctions cognitives sont-elles altérées ?
Arnaud Rabat : Le manque de sommeil ne semble modifier le métabolisme que de certaines zones spécifiques du cerveau (cortex préfrontal notamment), et donc n'altérer que certaines fonctions cognitives. Les fonctions exécutives qui permettent l'adaptation à des situations nouvelles (inhibition motrice, mémoire de travail, flexibilité) semblent très altérées par le manque de sommeil. Les capacités plus automatisées semblent moins affectées.
Sciences et Avenir : Est-on plus fatigué le soir ou le matin ?
Arnaud Rabat : Les individus en dette chronique de sommeil semblent plus défaillants le matin (vers 9h) que le soir. Vers 19h, une sorte de "second souffle", peut-être dû à l'horloge biologique, favorise la lutte contre le besoin de sommeil.
Sciences et Avenir : Certains résistent-ils mieux que d'autres ?
Arnaud Rabat : Les individus de plus de 30 ans semblent mieux résister à une dette chronique de sommeil. Les plus jeunes, au cortex préfrontal moins mature, sont plus défaillants. De plus, les individus experts dans leur domaine - les pilotes de chasse par exemple - seraient mieux protégés, car ils pilotent en mode "automatique" en quelque sorte.
Sciences et Avenir : Faire une grasse matinée permet-il de rattraper le manque de sommeil ?
Arnaud Rabat : Dormir plus le week-end ne suffit pas pour récupérer ses capacités! Nos sujets même après deux nuits de huit heures, voire trois, présentent des capacités attentionnelles exécutives altérées. Une dégradation cognitive lente semble s'installer. Seule bonne contre-mesure : dormir régulièrement et tenir compte de ses besoins quantitatifs de sommeil.
Le neurofeedback permet d'entraîner des habiletés mentales
28 janvier 2014
Le neurofeedback (ou biofeedback EEG) permet d'entraîner des habiletés mentales et de modifier l'activité de certains circuits cérébraux, montre une étude publiée dans la revue NeuroImage. Il représente, soulignent les chercheurs, une nouvelle méthode prometteuse pour restaurer les fonctions cérébrales dans certains troubles mentaux.
Tomas Ros, Ruth Lanius et Jean Théberge de l'Université Western (Ontario) et du Lawson Health Research Institute ont montré qu'une session de 30 minutes de neurofeedback produisait des changements fonctionnels dans un circuit cérébral impliqué dans le contrôle cognitif.
Des études ont montré que des dysfonctions dans ce circuit sont impliquées dans plusieurs troubles cérébraux tels que le déficit d'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), la schizophrénie, la dépression et le stress post-traumatique.
Lors d'une séance de neurofeedback, l'utilisateur apprend à contrôler son activité cérébrale à l'aide d'une interface cerveau-ordinateur. L'ordinateur enregistre les ondes cérébrales provenant de capteurs placés sur le cuir chevelu (électroencéphalogramme, EEG), il traite cette information et représente simultanément, d'instant en instant, l'activité cérébrale de l'utilisateur au cours d'un entraînement d'habiletés sur ordinateur.
Ce feedback (rétroaction) en temps réel permet à l'utilisateur de reproduire des états distincts du cerveau. Les effets étaient observables, par IRM (images par résonance magnétique), 30 minutes après une session.
Les changements constatés dans l'activité d'un circuit cognitif important correspondaient aux changements d'activité électrique entraînés par le neurofeedback. Cette activité était étroitement liée à une réduction du vagabondage de l'esprit durant une tâche nécessitant de l'attention. De tels liens n'étaient pas observés dans un groupe de comparaison qui recevait un faux feedback.
L'attention et la concentration peuvent ainsi être entraînées au moyen du neurofeedback qui a un effet direct sur l'activité d'un important circuit cognitif de contrôle, concluent les chercheurs.
Ils espèrent que ces observations stimuleront la recherche pour l'utilisation de la méthode pour le traitements de troubles cérébraux, particulièrement les troubles cognitifs. L'équipe mène actuellement une étude vérifiant si les personnes atteintes de stress post-traumatique pourraient bénéficier de cette approche.
Trois besoins psychologiques à la base de la motivation, du bien-être et de la performance
30 décembre 2013
Trois besoins psychologiques, présumés innés (plutôt qu'appris) et universels, sont à la base de la motivation et de l'intégration de la personnalité, selon la théorie de l'autodétermination.
Cette théorie, dont l'origine remonte aux années 1970 et qui a connu un fort développement en psychologie sociale dans les années 2000, est centrée sur la croyance que la nature humaine présente des caractéristiques positives persistantes (ex. efforts, engagement...) appelées tendances inhérentes à la croissance ainsi que des besoins psychologiques fondamentaux dont la satisfaction est nécessaire au bien-être, au développement et au fonctionnement sain et optimal:
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AutonomieBesoin de se sentir à l'origine ou à la source de ses actions.
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CompétenceBesoin de se sentir efficace et capable d'effectuer des tâches de différents niveaux de difficulté.
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Appartenance socialeBesoin de se sentir connecté et supporté par d'autres personnes.
Les conditions qui soutiennent l'expérience d'autonomie, de compétence et d'appartenance favorisent les meilleures formes de motivation et d'engagement dans des activités, ce qui conduit à de meilleures performance, une plus grande persévérance et plus de créativité.
À l'inverse, si un de ces trois besoins n'est pas comblé dans un contexte donné, la santé psychologique en souffre et la croissance personnelle est entravée.
Le sentiment d'être contrôlé de l'extérieur ou d'être inefficace compromet la motivation intrinsèque et amène à être contrôlé par des critères externes tels que le chèque de paye ou l'approbation d'un supérieur.
Par ailleurs, un développement personnel est favorisé par l'intégration et l'internalisation d'idées et de comportements qui étaient à l'origine motivés par des forces extérieures, ou par l'acceptation et la valorisation de comportements initialement accomplis pour des raisons externes. Mais, selon la théorie de l'autodétermination, cela ne peut se produire que si les trois besoins de base sont rencontrés.