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Ne demandez pas l'impossible à votre enfant !
24 janvier 2016
Soyez exigeant avec votre enfant, cela le fera progresser à l’école. Mais n’en attendez pas trop, car vous risquerez au contraire de faire chuter ses résultats scolaires ! C’est ainsi que l’on pourrait résumer les enseignements d’une étude menée conjointement par des chercheurs japonais, allemands et australiens. Ils sont partis d’une enquête auprès de collégiens allemands conduite entre 2002 et 2007. Les chercheurs ont recensé leurs résultats de maths sur cette période de cinq ans et les ont comparés aux attentes de leurs parents qui devaient chaque année indiquer la note qu’ils espéraient pour leurs enfants. Les parents exigeants, mais réalistes, semblaient bien favoriser les performances de leurs enfants en maths. Inversement, les bons résultats des élèves paraissent à leur tour renforcer les attentes des parents l’année suivante. L’effet d’émulation des parents se faisait surtout ressentir chez les élèves de haut niveau. Toutefois, lorsque les parents avaient des attentes démesurées qui dépassaient les possibilités de leur enfant, ce qui était le cas de 30 % d’entre eux, leur enfant en pâtissait. Leurs résultats scolaires avaient tendance à chuter. Là encore, les bons élèves payaient le plus lourd tribut. Les chercheurs ont comparé ces résultats avec une enquête similaire menée auprès de plus de 16 000 élèves américains et ont retrouvé exactement les mêmes données. Pour les auteurs, le surinvestissement parental au niveau scolaire peut provoquer chez l’enfant une perte de confiance en soi et une anxiété à l’origine d’une dégringolade de ses résultats. Mieux vaut donc parfois laisser de côté ses propres aspirations pour se centrer sur celles de l’enfant, qui reste le mieux placé pour savoir jusqu’où il peut aller.
La journée du câlin
20 janvier 2016
J’adore mes enfants, affirme Sophie, 37 ans, photographe. Mais je ne sais pas les prendre dans mes bras, ou les cajoler gratuitement. Ces gestes ne sont pas naturels chez moi. Et je m'en veux d'être aussi froide. » A l'heure où l'on prône les vertus du "peau-à-peau", il n’est pas facile de porter fièrement sa pudeur. « Notre société valorise et encourage le contact, reconnaît Laurie Hawkes, psychologue et psychopraticienne. Nous devons être tendres, chaleureux, décomplexés... L’introversion est vite jugée dysfonctionnelle. » Pour autant, les marques d’affection sont-elles nécessaires ? « L’échange est fon- damental à notre équilibre, admet la psychanalyste Dominique Devedeux. Le toucher est structurant pour l’individu,qui y puise sa sécurité affective. Mais des résistances peuvent bloquer notre désir d’aller vers l’autre. »
Pourquoi ?
Je reproduis ce que je connais
Laurie Hawkes constate que,dans certaines familles, «l’émotion, l’affect, voire le corps, sont mis à distance. Ce qui est ressenti est gardé pour soi ». Or, nous avons tous tendance à marcher sur des sentiers battus. « Inconsciemment, il est bien plus sécurisant de reproduire ce que nous avons vu et expérimenté, enfant », poursuit Dominique Devedeux. Notre mère ne nous embrassait jamais ? Sa réserve ayant été érigée en norme, comment désormais couvrir l’autre de baisers ? Nos parents étaient distants ? Vingt ans plus tard, nous voilà emmurés dans ce même schéma conjugal. « L’inconscient est paresseux ! sourit la psychanalyste. Automatiquement, l’individu calque son comportement sur celui dont il sait comment il fonctionne. »
Je m’autocensure
Ce n’est pas le désir de rendre tangible l’amour qui fait défaut, « car nous avons tous en nous cet élan », précise Dominique Devedeux. Laurie Hawkes rappelle que « tout petit, l’enfant produit des gestes spontanés, selon Winnicott. Naturellement, il cherche le contact avec sa mère – ou toute autre figure maternante. Si ce besoin n’est pas accueilli et accepté, alors le geste est interrompu. Le bébé a honte d’avoir ressenti un tel désir, comme si celui-ci n’était pas bon ou digne, puis il “gèle” son corps ». Des expériences malheureuses et répétées inhibent notre spontanéité. Pour Dominique Devedeux, « nous nous défendons d’exprimer notre amour et justifions notre réserve par des “Je ne sais pas comment faire”, “Quand on n’a rien reçu, on n’a rien à donner”, ou encore “Ce n’est pas moi”. Ces croyances nous installent dans l’austérité ».
J’ai peur de l’autre
Mais derrière ces bons prétextes se cache la peur d’éprouver à nouveau de la honte. « Nous craignons et anticipons la réaction de l’autre, son rejet, sa moquerie, son embarras, explique la psychanalyste. L’autre, cet éternel inconnu, représente une menace. » Dont il faut rester à l’écart ! À moins de trouver un être inoffensif, innocent ? « Certains introvertis s’autorisent une proximité physique avec un nouveau-né ou même... un animal ! remarque Laurie Hawkes. Parce que celui-ci n’est pas un danger. » Mais dès lors que l’enfant grandit ou que c’est un adulte qu’il nous faudrait dorloter, le passé resurgit et tout notre corps, notre cœur, notre esprit, nous dit!: « N’y va pas, souviens-toi, tu vas te brûler les doigts. »
Que faire ?
Prendre le risque de la rencontre
Dominique Devedeux, psychanalyste, suggère d’oser : « Puisque, naturellement, le désir d’aller vers l’autre demeure intact, peut-être pouvez-vous essayer d’aller au-delà de vos résistances et, au lieu d’étouffer la pulsion, vous autoriser à l’écouter ? Pourquoi ne pas tenter, de temps en temps, un geste ? » Choisissez quelqu’un de confiance, dont vous savez l’amour irréfutable. Et voyez ce qu’il arrive ! Cette expérimentation peut vous suffire à vous rassurer et apaiser vos anticipations du pire.
Danser !
« Il s’agit de réapprendre la proximité physique, analyse Laurie Hawkes, psychologue et psychopraticienne. Je propose souvent aux personnes très réservées de se mettre à la danse. C’est une activité qui suppose d’être en lien avec son partenaire, mais qui demeure cadrée. Les règles, les consignes sont sécurisantes. » À vous de trouver le rythme qui vous convient : salsa, tango, rock...
S’interroger en thérapie
Pour Laurie Hawkes, « si le blocage remonte à l’enfance, une thérapie peut aider la personne à explorer l’angoisse ». Ne vous tournez pas nécessairement vers une thérapie corporelle, qui pourrait vous faire peur et renforcer le symptôme. Vous pouvez aussi penser à libérer votre corps de sa tension interne en optant pour des séances de relaxation, de méditation, de yoga. « Il s’agit de se faire du bien, de se faire plaisir, conclut Dominique Devedeux. Rester en retrait, c’est se priver du sel de la vie. »
Des exercices simples aident à augmenter le bonheur et diminuer la dépression
6 mars 2014
En psychologie scientifique, on croyait jusqu'à récemment, explique Martin Seligman, figure importante du courant de la psychologie positive, que les exercices et approches pour améliorer le niveau de bonheur de façon durable étaient inefficaces.
On croyait en un niveau de bonheur prédéterminé par les gènes et l'éducation qui pouvait varier légèrement mais avait toujours tendance à revenir au niveau déterminé.
Cette dernière vision expliquerait pourquoi les gagnants à la loterie reviennent éventuellement à leur disposition antérieure par rapport à l'argent par exemple et que les gens devenant paraplégiques reviennent aussi éventuellement à peu près au même niveau de bonheur qu'ils avaient avant leur accident.
Les exercices suggérés pour augmenter le bonheur de façon durable abondent toutefois. Seligman et ses collègues en ont recensé plus d'une centaine.
Ils ont testé rigoureusement plusieurs de ces exercices auprès d'étudiants et de psychothérapeutes les utilisant auprès de leurs clients afin de vérifier si certains d'entre eux augmentaient vraiment le bonheur. Étant donnés les témoignages encourageants de soulagement durable de la dépression et de bien-être amélioré, les chercheurs ont entrepris une étape de vérification selon les normes scientifiques.
Pour ce, les participants sont assignés au hasard à un groupe mettant en pratique des exercices ou à un groupe contrôle recevant un traitement placebo afin de comparer les résultats. Environ 500 personnes ont participé à une expérience qui consistait simplement, après une batterie de tests, en une semaine d'exercices supervisés à partir du web (aucune intervention humaine).
Les gens étaient retestés répétitivement concernant leur bien-être durant les six mois suivants.
Trois exercices étaient testés:
- écrire trois choses qui ont bien été dans la journée et pourquoi, remarquer sa propre contribution à ce qui a bien été
- écrire un témoignage de gratitude et le remettre personnellement
- utiliser ses plus grandes forces personnelles de façon nouvelle afin de passer des moments agréables (un test permettait aux participants d'identifier leurs forces personnelles)
Les recherches se poursuivent pour tester d'autres exercices. Une recherche a vérifié l'effet du premier exercice (identifier trois choses ayant bien été dans la journée) auprès de personnes sévèrement déprimées.
Après 15 jours seulement, 92% se disaient plus heureuses, avec une moyenne de diminution de 50% des symptômes de dépression. Ce qui se compare avantageusement, précise le chercheur, avec la psychothérapie et les antidépresseurs.
D'autres expériences, comparant l'effet des antidépresseurs, de la psychothérapie et de la psychologie positive comme traitement de la dépression confirmeraient les avantages de cette dernière approche. Dans l'ensemble, résume le chercheur, il y a de bonnes évidences que plusieurs exercices augmentent le bonheur et diminuent la dépression.
La théorie selon laquelle chacun a un niveau de bonheur déterminé s'avère fausse, estime-t-il. Concernant l'impact des exercices sur les personnes en dépression, la psychothérapie est traditionnellement, commente le chercheur, un endroit pour parler de ses difficultés.
Le stress à une certaine période du cycle menstruel affecte davantage la santé mentale
6 mars 2014
À un stade particulier du cycle menstruel, les femmes peuvent être plus vulnérables à certains effets psychologiques du stress, selon une étude britannique publiée dans la revue Neurobiology of Learning and Memory. Sunjeev Kamboj de l'Université College London et ses collègues ont mené cette étude avec 41 femmes âgées entre 18 et 35 ans ayant des cycles menstruels réguliers et n'utilisant pas la pilule contraceptive.
Elles regardaient un film stressant de 14 minutes dans lequel survenaient mort et blessures et elles fournissaient un échantillon de salive à partir duquel était mesuré les niveaux d'hormones. Elles étaient ensuite invitées à noter les survenues de pensées indésirables sur la vidéo au cours des jours suivants. Les femmes qui étaient au début de la phase lutéale (environ 16 à 20 jours après le début des règles, soit dans les jours suivant l'ovulation) avaient trois fois plus de pensées intrusives que celles qui ont regardé la vidéo durant d'autres phases du cycle.
"Ce qui indique qu'il y a effectivement une fenêtre assez étroite dans le cycle menstruel où les femmes peuvent être particulièrement vulnérables à éprouver des symptômes de détresse après un événement stressant", souligne la chercheuse. Les femmes qui subissent des traumatismes dans cette période peuvent être à plus grand risque de développer des symptômes récurrents similaires à ceux présents dans la dépression et le stress post-traumatique, souligne la chercheuse.
De prochaines études devraient vérifier si cette hypothèse est confirmée avec des femmes ayant subi des traumatismes et si la pilule contraceptive affecte ce processus.
Les moins performants dans un domaine ont tendance à surestimer leurs compétences
5 mars 2014
Les personnes les moins performantes dans un domaine surestiment leurs compétences alors que les plus performantes ont tendance à sous-estimer leurs compétences. C'est ce qui a été appelé l'effet Dunning-Kruger, du nom des auteurs de l'étude suivante, publiés dans Journal of Personality and Social Psychology. Les psychologues Justin Kruger et David Dunning soutiennent que l'incompétence amène non seulement une faible performance mais aussi l'incapacité de s'en apercevoir. Cette perception erronée est liée à un manque de connaissances, dites métacognitives, qui permettent d'identifier les erreurs.
À travers 4 expériences, les auteurs ont constaté que les participants qui faisaient partie du quart ayant le moins bien performer dans des tests d'humour, de pensée logique et de grammaire sur-estimaient grandement leurs capacités. Alors que leurs résultats les situaient au 12e percentile (en moyenne), ils estimaient se situer au 62e (donc au-dessus de la moyenne). Les personnes les plus compétentes avaient, quant à elles, tendance à sous-estimer un peu leur rang dans le groupe.
Dans l'une de ces expériences, améliorer les capacités des participants, et du même coup leurs capacités de distinguer les bonnes et mauvaises performances, les aidait à mieux reconnaître les limitations de leurs habiletés. Une question soulevée est celle-ci: comment les personnes incompétentes dans un domaine ne réussissent-elles pas, à travers les expériences de la vie, à apprendre qu'elles ne sont pas habiles? Une première raison, expliquent les auteurs, est que les gens reçoivent rarement du feedback négatif au sujet de leurs habiletés et capacités dans la vie de tous les jours, comme plusieurs études l'ont démontré. Même les jeunes enfants, illustrent-ils, savent que "si vous n'avez rien de gentil à dire, ne dites rien du tout".
Une deuxième raison est que dans certaines tâches et situations, il n'y a pas de feedback permettant de se corriger et révélant la nature peu optimale des décisions. Une troisième raison est que, même si les gens reçoivent du feedback négatif, ils doivent arriver à une compréhension précise de la raison de l'échec. Il est plus difficile de comprendre les raisons d'un échec que celles d'un succès. Pour qu'un succès se produise, plusieurs composantes doivent bien fonctionner: la personne doit être habile, faire l'effort et peut-être être un peu chanceuse. Pour qu'un échec se produise, le manque de n'importe laquelle de ses composantes est suffisant. Pour cette raison, même si les gens reçoivent du feedback indiquant leur manque d'habileté, ils peuvent expliquer ce feedback par d'autres facteurs comme plusieurs études l'ont démontré.
Dormir plus le week-end ne suffit pas pour récupérer ses capacités : 5 questions à Arnaud Rabat, chef de projet dans l'unité "fatigue et vigilance", Institut de recherche biomédicale des armées
18 février 2014
Sciences et Avenir a rencontré Arnaud Rabat, chercheur à Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA).
Sciences et Avenir : Quelle est la différence entre manquer de sommeil de façon chronique et passer une nuit blanche ?
Arnaud Rabat : Aucune! Une réduction chronique, même modérée, du temps de sommeil peut avoir des conséquences comportementales importantes. Nous avons mené une étude sur 12 hommes de 20 à 37 ans qui n'ont dormi que quatre heures par nuit durant sept jours, puis ont été soumis à des tests cognitifs. Au 7e jour, ils avaient le même niveau de défaillance attentionnelle qu'après une nuit sans dormir! Si l'on ne dort que six heures par nuit, cet état est atteint au bout de deux semaines.
Sciences et Avenir : Toutes les fonctions cognitives sont-elles altérées ?
Arnaud Rabat : Le manque de sommeil ne semble modifier le métabolisme que de certaines zones spécifiques du cerveau (cortex préfrontal notamment), et donc n'altérer que certaines fonctions cognitives. Les fonctions exécutives qui permettent l'adaptation à des situations nouvelles (inhibition motrice, mémoire de travail, flexibilité) semblent très altérées par le manque de sommeil. Les capacités plus automatisées semblent moins affectées.
Sciences et Avenir : Est-on plus fatigué le soir ou le matin ?
Arnaud Rabat : Les individus en dette chronique de sommeil semblent plus défaillants le matin (vers 9h) que le soir. Vers 19h, une sorte de "second souffle", peut-être dû à l'horloge biologique, favorise la lutte contre le besoin de sommeil.
Sciences et Avenir : Certains résistent-ils mieux que d'autres ?
Arnaud Rabat : Les individus de plus de 30 ans semblent mieux résister à une dette chronique de sommeil. Les plus jeunes, au cortex préfrontal moins mature, sont plus défaillants. De plus, les individus experts dans leur domaine - les pilotes de chasse par exemple - seraient mieux protégés, car ils pilotent en mode "automatique" en quelque sorte.
Sciences et Avenir : Faire une grasse matinée permet-il de rattraper le manque de sommeil ?
Arnaud Rabat : Dormir plus le week-end ne suffit pas pour récupérer ses capacités! Nos sujets même après deux nuits de huit heures, voire trois, présentent des capacités attentionnelles exécutives altérées. Une dégradation cognitive lente semble s'installer. Seule bonne contre-mesure : dormir régulièrement et tenir compte de ses besoins quantitatifs de sommeil.